Une · Sécurité · Réseaux
FortiBleed : le FBI signale des administrateurs de pare-feu Fortinet privés d’accès à leurs propres appareils
Le FBI et le Secret Service américain publient une alerte commune sur FortiBleed, une campagne mondiale de vol d’identifiants visant les pare-feu Fortinet FortiGate et leurs passerelles VPN exposés sur Internet. Elle est toujours en cours. Dans certains cas, les attaquants suppriment les comptes administrateurs légitimes ou changent leur mot de passe, et la victime perd la main sur son équipement.
Selon l’avis daté du 6.10, la société SOCRadar a vérifié plus de 86 644 appareils compromis dans 194 pays. FortiBleed avait été découvert en juin, quand les attaquants ont laissé exposé un de leurs propres serveurs : il contenait des noms d’utilisateur et des mots de passe en clair associés à 73 932 adresses de pare-feu. Ce serveur a aussi montré toute la chaîne. Des scripts repèrent les portails VPN SSL accessibles, puis les attaquants y testent des identifiants issus de fuites antérieures ou de logiciels espions voleurs de mots de passe. Ils extraient ensuite des appareils les empreintes de mots de passe et les cassent hors ligne sur une grappe de cartes graphiques pilotée par les outils Hashcat et Hashtopolis. Les accès validés sont triés par chiffre d’affaires et structure du réseau de la victime, puis revendus : selon le FBI, la chaîne sert de porte d’entrée à des affiliés de rançongiciels.
Une fois entrés, les attaquants créent leurs propres comptes administrateurs sur le pare-feu, puis cherchent à se déplacer dans le réseau interne. L’avis souligne qu’un simple correctif suivi d’un changement de mot de passe ne suffit pas. Il recommande de couper l’administration depuis Internet (ou au moins de la restreindre à des adresses de confiance), de fermer toutes les sessions d’administration et VPN actives, de réinitialiser tous les mots de passe, d’imposer une authentification à plusieurs facteurs résistante à l’hameçonnage et de vérifier les journaux. Il pointe aussi le stockage des mots de passe administrateur : l’ancien hachage SHA-256 se casse en pratique hors ligne, il faut passer à PBKDF2, une fonction conçue pour être lente à calculer. L’avis liste enfin des adresses IP utilisées par la campagne.
Sources : FBI et US Secret Service — avis JCSA-20261006-01, 06.10.2026 (PDF) · BleepingComputer, 07.10.2026
Sécurité · Accès distant · SonicWall
SonicWall : faille de gravité maximale dans les passerelles SMA1000
SonicWall publie des correctifs pour CVE-2026-102255, une faille de type SSRF (le serveur peut être amené à émettre des requêtes pour le compte de l’attaquant) notée au maximum de gravité. Elle touche l’interface Appliance WorkPlace des passerelles d’accès distant SMA1000 (modèles 6210, 7210 et 8200v). Un attaquant non authentifié peut passer par un chemin d’accès détourné pour atteindre des fonctions internes de l’appareil et y effectuer des opérations non autorisées. La gamme SMA 100 et le VPN SSL des pare-feu SonicWall ne sont pas concernés.
L’éditeur dit n’avoir aucune trace d’exploitation, mais demande d’installer les correctifs sans attendre. L’organisation Shadowserver compte plus de 400 de ces passerelles exposées sur Internet. Les SMA1000 sont une cible régulière : deux failles inconnues ont été exploitées pendant des semaines en juillet, et deux autres enchaînées le mois dernier pour exécuter du code à distance.
Sources : SonicWall PSIRT — SNWLID-2026-0017 · BleepingComputer, 07.10.2026 · heise online, 08.10.2026
Sécurité · Concours · Pwn2Own
Pwn2Own Irlande : 77 failles inconnues en deux jours, le Galaxy S26 tombe cinq fois
Au concours de piratage organisé par la Zero Day Initiative de Trend Micro, les participants ont exploité 32 failles inconnues le premier jour (388 500 dollars de primes) et 45 le deuxième (232 500 dollars). Le Samsung Galaxy S26 a été compromis deux fois le 6.10 (certaines failles étaient déjà connues de Samsung) et trois fois le 7.10. Sont aussi tombés une base de données Oracle Autonomous AI Database, des imprimantes Lexmark et Canon, une enceinte Sonos Era 300, des box domotiques (Philips Hue Bridge Pro, Home Assistant Green) et l’agent de programmation en nuage Codex d’OpenAI, mis hors service par une seule injection d’argument.
Les appareils tournent avec leurs derniers logiciels à jour. Les éditeurs disposent de 90 jours pour corriger avant que la ZDI publie les détails. Personne ne s’est inscrit pour attaquer l’iPhone 17, malgré une prime maximale de 300 000 dollars. Une troisième journée a lieu ce jeudi.
Sources : Zero Day Initiative — programme Pwn2Own Irlande 2026 · BleepingComputer, jour 1 · BleepingComputer, jour 2
Technique · Atelier
Enfermer un pilote dans le noyau sans le sortir du noyau : Kage et l’isolation logicielle des fautes
Des ingénieurs de Google expérimentent Kage, un sous-système Linux qui fait tourner des pilotes dans des « bacs à sable » à l’intérieur même du noyau. La technique, l’isolation logicielle des fautes, est ancienne ; ce qui change, c’est qu’elle arrive dans le compilateur LLVM. Atelier pédagogique sur ce qu’elle garantit et ce qu’elle coûte.
Le problème. Sous Linux, un pilote de périphérique s’exécute avec tous les privilèges du noyau, dans le même espace d’adresses. Une simple écriture hors limites dans un pilote USB ou réseau peut donc corrompre n’importe quelle structure du noyau. La présentation de Kage à la Linux Plumbers Conference 2026 rappelle que les pilotes représentent une part importante des failles exploitables. Les réponses classiques ont chacune un prix. Sortir le pilote en espace utilisateur (comme le permettent VFIO ou UIO, ou comme le font les micronoyaux) oblige à changer de contexte à chaque appel, ce qui coûte cher pour un pilote réseau ou de stockage. Réécrire en Rust élimine les erreurs mémoire dans le code dit « sûr », mais ne contient pas un pilote dont le code non sûr, ou le code existant en C, déraille.
L’idée : borner chaque accès au moment de la compilation. L’isolation logicielle des fautes (SFI, décrite par Wahbe et ses collègues en 1993, et utilisée par Google dans Native Client) ne s’appuie pas sur la protection matérielle de la mémoire. Le compilateur réécrit le code de façon que chaque accès mémoire et chaque saut indirect soient ramenés dans une zone réservée de l’espace d’adresses. Le code isolé reste au même niveau de privilège que le reste du noyau, mais il ne peut plus lire, écrire ni sauter ailleurs. Comme il n’y a pas de changement de contexte, passer du noyau au pilote reste presque aussi bon marché qu’un appel de fonction. LFI (Lightweight Fault Isolation), développé à Stanford avec le soutien de Google, est une version moderne de cette approche. Elle est intégrée à LLVM pour AArch64, et le support x86-64 vise LLVM 24. Point essentiel : un vérificateur contrôle le code machine produit avant de le charger. On n’a donc pas besoin de faire confiance au compilateur, et l’isolation tient même face à du code délibérément malveillant. C’est le même principe que le vérificateur d’eBPF : on ne fait pas confiance à l’auteur, on prouve une propriété du code avant de l’exécuter.
Le vrai travail : la frontière. Borner la mémoire ne suffit pas, car un pilote appelle sans cesse des fonctions du noyau et reçoit des pointeurs. Kage utilise les informations de types BTF du noyau pour vérifier automatiquement la signature de chaque appel qui franchit la frontière, et remplace les pointeurs du noyau par des identifiants opaques : le pilote manipule un ticket, pas une adresse qu’il pourrait déréférencer. Le prototype sait aujourd’hui isoler des modules de calcul simples. Il reste à gérer les accès directs aux registres du matériel, le partage de tampons, le DMA (par lequel un périphérique écrit lui-même en mémoire, à cadrer avec l’IOMMU) et les interruptions. Une variante, « VKage », qui fait dialoguer le pilote isolé avec le noyau au travers d’interfaces VirtIO, a déjà permis de prototyper des pilotes NVMe, réseau et Wi-Fi isolés. Les performances restent à évaluer plus en détail. Leçon générale pour tout développeur : isoler un composant, c’est surtout concevoir une interface étroite et vérifiable entre lui et le reste, bien plus que choisir un mécanisme de cloisonnement.
Sources : Linux Plumbers Conference 2026 — présentation de Kage · ACM — article sur Kage · Phoronix, 07.10.2026 — atelier pédagogique
Brèves
Atlassian : la faille critique des versions Data Center déjà exploitée
Suite de notre édition d’hier. La faille de lecture de fichiers CVE-2026-21589 (Jira, Confluence, Bitbucket et cinq autres produits auto-hébergés) est attaquée. La société watchTowr a publié une analyse technique et un code de démonstration : sur les installations reliées au service d’identité Crowd, lire le fichier crowd.properties donne des identifiants en clair qui permettent de créer un compte administrateur Jira. Deux heures plus tard, les pots de miel de Previdian voyaient les premières tentatives. Un modèle de scan automatisé circule déjà. Il faut mettre à jour ou, à défaut, appliquer les mesures d’atténuation publiées par Atlassian.
Sources : BleepingComputer, 07.10.2026 · heise online, 08.10.2026
Outlook bloquera les paquets d’installation MSIX en pièce jointe dès novembre
Microsoft ajoute les extensions .msix et .msixbundle, des paquets d’installation d’applications Windows, à la liste des pièces jointes bloquées dans Outlook sur le web et le nouvel Outlook pour Windows. Le déploiement commence début novembre pour Exchange Online, avec une disponibilité générale attendue mi-novembre. Les administrateurs qui en ont besoin peuvent les réautoriser via la politique de boîte aux lettres OWA. Après les fichiers .library-ms et .search-ms en 2025, Microsoft continue de fermer les formats détournés par les campagnes d’hameçonnage.
Sources : BleepingComputer, 07.10.2026 · heise online, 07.10.2026